mardi 20 mai 2008

« démocratie » tunisienne : la Cata ou le Kata ?

La « démocratie » en Tunisie ne peut s’écrire qu’entre guillemets. Pour beaucoup c’est une mascarade, pour d’autres c’est une transition car il s’agirait d’une phase d’apprentissage. Autant le premier argument est facile à comprendre, autant le second semble difficile. En y réfléchissant, je lui ai trouvé des similitudes avec la philosophie des arts martiaux japonais !

En effet, dans la plupart de ces arts martiaux, l’apprentissage se fait par ce qu’on appelle le Kata, série de gestes représentant un combat réel contre un adversaire, qui éventuellement peut être imaginaire. Le but du kata est double : d'une part, il fait travailler des gestes et postures dans des situations données, afin d'avoir un apprentissage « au calme » et plus appliqué que lors d'un combat; d'autre part de faire découvrir des principes fondamentaux des arts martiaux. Par la répétition, le Kata permet de faire découvrir les principes cachés et mystiques de l’art martial et de les intérioriser.

Si cela est extensible à la démocratie, peut être que son apprentissage peut se faire entre adversaires imaginaires ? En simulant la démocratie à répétition on finira peut être par en intérioriser les principes ? et qui sait, on finira peut-être ceinture noire  !

lundi 19 mai 2008

Problème de langage

Je ne sais pas vous, mais moi, je suis devenu insensible à un certain registre du vocabulaire arabe dont voici un échantillon :

 مكوينات المجتمع الوطني/ المدني, المسار الاصلاحي, تعزيز أركان الديمقراطية / تكريس أسس الديمقراطية, التنمية  الشاملة, تظافر الجهود, مشروع حظاري, حوار بناء, تفعيل دور الشباب,الخيارات الجوهرية, الانتاج و الانتاجية ، إلخ. . 

La liste est encore longue, mais ces mots qui constituent la matrice sémantique de la doctrine officielle, sont malheureusement devenus inaudibles.

Si vous essayez de traduire un discours officiel (ou un slogan) en Français, en Anglais, ou même en Arabe style Al Jazira, vous verrez qu’il gagnera en sens et en lisibilité.

Il va sans dire que les personnes non ou peu instruites n’ont aucun moyen d’accéder au sens : je serai curieux de voir des statistiques qui montrent combien de personnes saisissent tout ce qui se dit sur la politique intérieure pendant le journal de 20h sur TV7.

Le discrédit du discours officiel est probablement dû à plusieurs raisons, mais je suis persuadé que le langage n’est pas la moindre.

vendredi 16 mai 2008

Réforme des états arabes à Sciences Po

Je viens d’assister à un débat fort intéressant à  Sciences Po Paris, avec la participation de Hubert Védrine, Tahar Ben Jelloun, l’ambassadeur d'Egypte en France et Bertrand Badie, Prof à Sciences Po.

Devant les étudiants, les participants ont essayé de définir la notion de reforme arabe et en délimiter les contours. Après un rappel historique sur l’origine du réformisme, phénomène né dans le 19e siècle en réaction à la suprématie occidentale, M Védrine a énumèré trois sources pressant au réformisme:

  1. les pressions internes, provenant d’arabes vivant dans les pays ou à  l’étranger
  2. les pressions européennes, en général bien intentionnées selon lui, sont codées dans les gênes de la relation entre les institutions de l’EU et le monde arabe
  3. enfin, plus récentes, les pressions américaines inspirées par les Neo-Cons de l’administration actuelle.

 Après un vif débat, parfois confus, sur les modalités de cette reforme et sur sa nature, quatre hypothèses ont émergé :

  1. les pays arabes céderont a la pression occidentale et adopterons la démocratie telle quelle : cette hypothèse a été unanimement rejetée.
  2. un déposte éclairé conduira une réforme efficace. L’exemple d'Ataturk a été cité à plusieurs reprises
  3. une explosion sociale, voire une révolution politique qui induira les changements nécessaires
  4. entraînés par la globalisation et le développement économique, ces pays finiront par effectuer leur reforme par la pression des synergies avec le monde qui les entoure.

Les deux dernières hypothèses étant les plus probables, M. Badie a conclu en faisant remarquer que dans les deux cas, ce sont les sociétés arabes elles-mêmes qui feront le travail.

jeudi 15 mai 2008

Cannes, c’est le Festival !


Avec un jury présidé par Sean Penn et un film de 4h28 sur le Che en compétition officielle, Cannes confirme : Le festival qui honore, entre autres, les cinéastes iraniens (tel que Kiarostami à qui les Américains refusent le visa d’entrée) et qui a récompensé le Fahrenheit 911 de Michael Moore, est définitivement un festival non aligné !

Mais la promesse du festival est avant tout artistique. Dans le millésime 2008, on verra Desplechin et Garrel concourir pour une palme française attendue depuis 1987 (Pialat). On verra aussi des habitués tels que Atom Egoyan et Clint Eastwood qui espèrent obtenir leur première Palme, Steven Soderbergh et Wim Wenders leur seconde alors que les frères Dardennes jouent leur troisième.

Enfin, Woody Allen dévoilera son film de l’année et Speilberg son Indiana Jones réchauffé, seul Blockbuster du Festival.

Mais comme toujours, le festival déjoue tout pronostic, et qui sait quelle sera l’œuvre qui fera vibrer la Croisette dans les deux prochaines semaines.

lundi 12 mai 2008

« Notre ami Sarkozy » ou les donneurs de leçons

L’incident de la flamme Olympique à Paris m’a fait sourire tant j’ai trouvé démesurée la réaction de certains manifestants, journalistes et hommes politiques. Ces mêmes bonnes gens, m’ont en revanche agacé lors de la visite de Sarko à Tunis. Par méconnaissance, je ne me suis pas permis de parler du Tibet, mais pour la Tunisie, je peux leur dire que les attaques et les critiques aveugles ne font rien avancer. Loin d’être fan de Sarko, je le préfère à ces ayatollah droit-de-l’hommistes !

Primo, les Tunisiens n’ont à prendre des leçons de personne. Tout en admirant et en s’inspirant de la république française et de ses valeurs, nous ne voulons pas de tutelle. Toute ingérence est malvenue car elle réveille, consciemment ou pas, le souvenir du protectorat.

Secundo, la relation entre la France et la Tunisie est tellement riche qu’elle ne peut se réduire à de la critique stérile. Parce que les relations entre français et tunisiens sont profondes (amitiés, couples mixtes, binationaux, émigrés, …) et parce que les flux économiques sont considérables, nous attendons que nos amis français nous accompagnement en profondeur dans notre développement, et ce par l’investissement, la collaboration et le partenariat entre égaux.

Oui, la situation en Tunisie est difficile, mais ce qui l’améliorerait c’est notre indépendance énergétique (accord sur le nucléaire civil), ce sont les investissements créateurs d’emplois (Usine Latécoère) ou le fait de devenir pays hôte de la future union de la mediterrannée (projet de Sarko à présenter en juillet).

Lutter pour les libertés en Tunisie est absolument légitime. Réduire le pays (et sa relation avec la France) à cette question n’est pas acceptable.  

60 ans de Nakba...

...et d'espoir...

voici un très bon article de “ The economist” sur le malheureux anniversaire. Surprenant!

jeudi 24 avril 2008

Sur le Retour

S’il y a un thème qui obsède tous les Tunisiens à l’étranger, c’est bien celui du Retour. Certains ont une opinion très forte sur le sujet, mais la majorité est tiraillée dans un terrible dilemme du type « should I stay or should I go !?».

Afin de mieux comprendre les dynamiques de ce retour sur un plan macro plutôt qu’individuel, regardons ce qui c’est passé pour les élites :

  • Années 50 / 60 : Bâtir le pays
À l’aube de l’indépendance (et même avant) les élites Tunisiennes se formaient en France. Tels des pionniers, ils rentraient en grande majorité au pays pour le construire. Ils étaient souvent appelés à tenir des postes à responsabilité dans l’administration ou dans les entreprises publiques. Pour ces bâtisseurs, le choix entre le retour en Tunisie et la France était en général évident, mais ce modèle est rapidement arrivé à saturation à cause du nombre limité d’opportunités.
  • Années 70 /80 : Importer le savoir
Dans les années 70 et surtout 80, on a commencé à voir l’émergence des multinationales. Les élites Tunisiennes rentraient alors avec la perspective d’accompagner une multinationale dans son installation dans le pays ou bien avec une idée entreprenariale à répliquer. La destination majeure restait la France mais on voyait déjà émerger l’Allemagne, le Canada et même l’URSS !
  • Années 90 : « Tout sauf la Tunisie! »
Dans les années 90, les flux de retour c’est brusquement arrêté et le flux de départs c’est accéléré. L’explication triviale est la situation politique du pays pendant cette décennie, car pour beaucoup c’était « tout sauf la Tunisie! ». Bien que réel, ce phénomène centrifuge cache un autre plus fondamental, celui de la mondialisation. Pendant ces années les Tunisiens ne regardaient plus exclusivement la France, ni même l’Europe, mais ils partaient partout : Les états-Unis, le golfe arabe, voire au Japon. À la force centrifuge s’est rajoutée une croissance énorme dans les opportunités, notamment dans les technologies de l’information et dans la Recherche. La communauté d’émigrés qualifiés a progressivement cédé sa place à une dispora, présente aux 4 coins de la planète.
  • ...et maintenant : le retour post Globalisation
Aujourd’hui, avec une Tunisie redevenue attractive pour ces élites, on commence à percevoir la troisième vague de retour. Contrairement aux deux autres vagues, celle-ci n’est pas conçue de manière unidimensionnelle (souvent sur l’axe Etranger vs Tunisie) mais plutôt dans le cadre de la globalisation. L’idée de retour est à nouveau d’actualité mais comme une option parmi d’autres. Le patriotisme qu’avaient les pionniers est toujours la mais bien plus diffus, et les opportunités sont de plus en plus comparables. Je pense que cette nouvelle vague a déjà démarré et qu’elle ira en s’intensifiant jusqu'à atteindre un équilibre naturel.

mardi 22 avril 2008

Histoire de la Tunisie : Chronologie - 1920 – 1934

Voici la chronologie des principaux événements qui ont jalonné la vie de notre pays pendant cette période : 

 

mardi 15 avril 2008

Les dynamiques du désordre mondial (collage)


pochoir / collage - 2004

mercredi 9 avril 2008

Blogosphere Tunisienne et Pacte Jeunesse

Le phénomène de Blogs est entrain de révolutionner et de démocratiser l’information d’une manière sans précédent. La croissance exponentielle ne semble pas s’arrêter et le nombre de blogs dépasse aujourd’hui les 35 millions! Ce phénomène bouscule plusieurs idées reçues et redéfinit des nouvelles règles du jeu.

Blogosphere Tunisienne est un espace de discussion, ou des Tunisiens, se rencontrent pour exprimer leurs opinions, préoccupation et autres états d’âmes. Contrairement aux sites d’oppositions, ces bogs sont en général apolitiques et rarement partisans. Ils sont constructifs et grouillent de bonnes idées, mais avant tout, ce sont simplement un espace de liberté où une discussion authentique peut avoir lieu.

Le pouvoir Tunisien, définit et contrôle l’espace politique qu’il considère légitime. Pour ce faire, il a eu deux comportements  vis a vis de ce qui se passe en dehors de sa sphère : tantôt, il est « éradicationniste », tantôt il est « inclusioniste » : Lorsque la chose est en contradiction avec son projet, il l’élimine (censure de site Internet par exemple), mais lorsqu’elle est en cohérence avec ses principes, il n’hésite pas à se l’approprier et à l’incorporer.

Je crois que la consultation nationale pour la jeunesse est avant tout une réaction de nature « inclusioniste ». L’existence même de la Bogoshpere prouve que les jeunes ont non seulement soif de liberté d’expression, mais qu’ils peuvent être une réelle force de proposition.

Qu’on le voit d’un œil sécuritaire ou d’un œil réformateur, le pouvoir ne pouvait pas laisser cette énergie lui échapper.

En pessimiste, on peut penser que, par cette initiative, le pouvoir essaye de canaliser la discussion, et qu’il n’avait pas le choix vu l’ampleur du phénomène. Mais en optimiste, on peut considérer que la discussion l’a poussé à réagir. Il serait alors à l’écoute à partir du moment ou la pression est bien dosée.