dimanche 9 novembre 2008

Politique & Foot: Guerre et Paix

Lorsque certains spectateurs du match amical France Tunisie ont sifflé la Marseillaise à Saint Denis, tout le mode a compris la portée politique de ce geste. La sur-dramatisation de certains politiques français à poussé l’opinion à relativiser, admettant que ça a toujours été comme ça.

Oui, le foot est fondamentalement politique, et Oui, ça a toujours été le cas. En voici quelques exemples :
  • Le foot peut être une manière d’affirmer le pouvoir et une façon de le contester : Lorsque Franco adopta les « merengues » (Real) comme équipe fétiche de la dictature, les rivaux Barca et Atletico sont devenus les équipes de l’opposition au régime. Les supporters Azul y Grana disaient que « el Barca, es mas que un club », plus qu’un club, un parti politique!
  • Le foot c’est aussi une bataille d’image : Lorsqu’en 1974, la RFA (ex Allemagne de l’ouest) affronte la RDA (ex Allemagne de ‘est), les deux blocs regardent. L’ouest perd, et vue de l’Est, c’est la victoire du communisme sur le capitalisme. De même, lorsqu’en 1998, l’Iran rencontre les Etats Unis, c’est l’affrontement. Les iraniens remporteront ce duel, un parmi tant d’autres.
  • Aussi, le foot peut révéler un conflit dormant, et mettre en évidence des haines sous-jacentes. Dans ce registre, le derby 1990 entre Dynamo de Zargreb et l’Etoile rouge de Belgrade annonçait la fin de la Yougoslavie.
  • Enfin, le foot peut permettre de prendre une revanche, ainsi 1986, l’Argentine de Maradona, n’a pas gagné que les quarts de finale contre l’Angleterre. La « main de dieu » que Mr Ali Bennacer, l’arbitre tunisien de la rencontre, n’a pas vu est un signe du destin qui donna aux Sud Américains leur revanche de la guerre des Malouines, conduite par Tatcher en 1982. Cette rivalité perdurera longtemps : le match en 1998 était très tendu et Beckham s’est fait expulser. Ce n’est qu’en 2002 que le même Beckham arrachera la revanche de la revanche pour les Roastbeefs.
Mais, la dimension politique du foot n’est pas que négative. L’équipe Bleu Blanc Beur avait fédéré un temps la France en lui faisant assumer pleinement sa diversité. Le championnat d’Asie gagné par l’Irak avait gommé, le temps de la célébration, les différences entre sunnites, chiite et Kurdes. De même pour l’Espagne champion d’Europe, ou l’on revoyait les drapeaux rouges et jaunes brandis dans les foules basques et catalanes.

Cette portée politique du foot, aussi bien dans la confrontation que dans le rassemblement, n’est pas un secret : hommes politiques, médias et joueurs combinent habilement foot et politique. Ceux qui ont sifflé la marseillaise aussi.

5 commentaires:

renzo a dit…

Excellente analyse. Le football et de manière générale d'autres sports sont un moyen de faire la guerre sans armes.Ou plus loin, le sport est envahi par des enjeux et des intérêts qui le dépassent et dépassent ces acteurs. C'est un moyen de montrer son appartenance à un groupe et les victoires sont souvent politiques. Je crois que l'exemple du match Argentine Angleterre de 86 est significatif. A ce titre la victoire de l'Algérie sur l'allemagne lors de la coupe du monde 82 fut aussi une fierté pour moi en tant que maghrébin.

MAD DJERBA a dit…

Vivement une portée politique du rugby !

laabed a dit…

je pense que siffler l'hymne national d'un pays est acte de non civisme plutôt qu'une expression politique.

Anonyme a dit…

Je pense tout simplement c'est un problème de valeurs, on n'a pas les mêmes valeurs, si afficher des caricatures dans les journaux n'est pas si scandaleux pour les uns siffler l'hymne d'un pays n'est pas scandaleux pour d'autres, ce n’est pas non plus un problème d'action réaction.

Barberousse a dit…

@renzo : merci

@MAD : on pourrait la trouver…en cherchant bien ;-)

@laabed : on aurait pu en effet considérer cela comme simple acte de non civisme, mais ça n’a pas été la lecture faite par Sarkozy et son gouvernement.

@Anonyme : je n’irai pas jusque là, mais je partage l’idée : les mêmes symboles n’ont pas la même importance pour différents peuples :
l’Américain mettra son drapeau au dessus de tout, le Français son hymne et les symboles de sa république et le tunisien sa religion et ses traditions.
Malheureusement, pour molester un peuple, il suffit de s’attaquer a ce qu’ils chérissent de plus. Ceci est d’autant plus simple si la chose n’a aucune signification pour vous.

Ainsi, lorsqu’on veut enquiquiner les Américains, on brûle leurs drapeaux, lorsqu’on veut embêter les Français, on siffle leur hymne et lorsqu’on veut provoquer les musulmans, on s’en prend à leur prophète ou à leurs femmes.

Il faut beaucoup de relativisme culturel pour résister à cette tentation de s’en prendre à l’Autre facilement.