vendredi 5 juin 2009

Discours du Caire : Nouveaux postulats et nouvelle approche

En physique, une onde se propage en fonction des propriétés du milieu dans lequel elle s’opère jusqu'à s’estomper ou jusqu’à rencontrer un obstacle suffisamment fort pour la réfléchir.
Il en va de même dans les affaires du monde, ainsi, si le 11-S était un événement suffisamment choquant pour déclencher une déferlante d’incompréhension et de haine, je crois que le « Discours du Caire » en sera le jalon « réfléchissant ».

L'heure pendant laquelle Obama s’est adressé aux musulmans n’est pas un discours politique comme les autres, mais l’articulation d’une vraie vision et la proposition d’un vrai new deal.
Les analystes de l’actualité se trompent en focalisant sur certaines phrases et en y voyant des effets d’annonce. Comme il le dit lui même, « ce discours tant attendu ne suffira évidemment pas à changer les choses vu l’énormité de la tache ». Au lieu de focaliser sur les invariants du discours américain, il faut regarder les nouveautés apportées par la vision Obama.

Tout d’abord, il a compris que les musulmans ont d’abord besoin de respect : après son ouverture par « Assalmou Alaikoum » il a reconnu en une phrase leurs vraies causes de souffrance. La séquence (1) Colonisation humiliante pour une grande partie de ces pays, (2) guerre froide les utilisant comme bouc émissaires et (3) Globalisation, les exploitant comme « des sous développés » est le bon cadre pour déchiffrer les maux de cette partie du monde. On est donc très loin des explications Biblico-mystiques de son prédécesseur illuminé.

Ensuite, il a compris que dans cette région, probablement plus qu’ailleurs, les symboles sont d’une grande importance. Citer le Coran n’est pas juste une forme de politesse ou de la pure complaisance, c’est simplement très efficace.

Enfin, sur la démarche, il propose deux principes, simples en apparence, mais fondamentaux pour la concorde :
le premier est de construire sur ce qui nous rassemble plutôt que sur ce qui nous différencie. Comme il dit si bien, il est facile de pointer la différence de l’autre, mais notre responsabilité nous impose de ne pas céder à cette facilité.
Le second est de se libérer du passé et regarder de l’avant. Cela ne signifie en aucun cas oublier, mais simplement arrêter la surenchère vengeresse. Afin de prouver sa bonne foi, il a commencé par reconnaître des erreurs et responsabilités américaines : celle de l’Irak, celle de la torture et Guantanamo, et plus surprenant, celle de la responsabilité des US dans le coup d’état de 1953 en Iran.

Maintenant que le cadre est posé, il faut évidement le décliner en actions, mais ce qui est certain, c’est que personne ne peut refuser la main tendue. Dans son discours, Obama a utilisé le mot « responsabilité » à maintes reprises, et c’est bien de cela qu’il s’agit.

2 commentaires:

coeos a dit…

Au delà de l'aura personnelle d'Obama, phénoménal de charisme, d'éloquence et d'intelligence politique et émotionnelle; (le dernier discours en est un la preuve).
Avec Obama on a les réponses à deux des trois questions de kant: Que dois je connaitre? On connait ses intentions vis à vis du monde musulman. Que dois je faire: être responsable et tendre la main! mais reste la troisième question Que m'est-il permis d'espérer? celle là est sans réponse
Les rancunes de l'ere bush sont encore là et les plaies sont encore béantes ! le mandat d'obama ne durera que 8 ans (au mieux) et rien ne nous rassure quant à un changement de politique américaine après son départ!
de même tous les efforts d'obama peuvent tomber à l'eau à cause d'un seul attentat sur le sol américain ou une agression israélienne sur iran ou l'échec de la création de l'etat palestinien!

Aix a dit…

dialoguer c'est d'abord entrer dans l'univers de l'autre.