dimanche 20 septembre 2009

Faut-il détruire la Médina pour la sauver ?

Bourguiba avait l’intention, tel un Napoléon III, de "moderniser" la Médina de Tunis. En bon dictateur, il pensait l’urbanisme de sa capitale avec O.C Cacoub dans le rôle du baron Haussmann.

Son projet consistait à percer la Médina en prolongeant l’avenue Bourguiba jusqu'à la Kasbah et à réaliser d’autres percés pour relier les principales portes entre elles. Ceci visait à moderniser la Médina et supposait beaucoup de destructions et expropriations.

Il y a échoué à cause d’une résistance farouche, de la population (lors de premières destructions de Rbat bab-Dzira) d’une part et des « amoureux » de la ville, d’autre part. Ceux-ci ont créé l’Association de la Sauvegarde de la Médina en 67, et ont fini par la faire rentrer dans le patrimoine de l’humanité l’UNESCO en 79.

Je trouve que notre Médina a parfaitement sa place sur une liste aussi prestigieuse. Fier, j’étais un fervent supporter de ces protecteurs de notre patrimoine.

…mais…

Je n’en suis plus si sur. Je commence me dire que Bourguiba a probablement été, encore une fois, visionnaire car les cinquante années écoulées lui donnent raison.

Depuis que la Médina a été abandonnée a son sort, les Beldi l’ont déserté, les nouveaux émigrants les y ont remplacés, en général dans des Oukelas. Quand ils n’étaient pas saccagés et vendus au détail, les bâtiments tombaient en ruine faute d’entretien. La ville est devenue insalubre et mal fréquentée. L’insécurité y a augmenté. De par sa densité et sa centralité, elle a affecté le reste de la capitale, la rendant moins attractive. La citadelle qui devait être source de fierté pour les Tunisois est devenue une honte !

Aujourd’hui, il est probablement trop tard, et malgré une certaine prise de conscience, d’autres grands projets (Pont de Rades, Lac Sud) nous font rêver et en détournent notre attention.

Sauver la Médina ne consiste pas à colleter quelques fonds pour restaurer tel ou tel bout de monument ni à ouvrir une poignée de restaurants à la Kasbah. Il s’agit plutôt d’une action radicale, qui permette de refaire vivre ce centre historique, poumon de notre ville.

Pour cela, il faut une vision et beaucoup de courage. Bourguiba les avait.

dimanche 13 septembre 2009

Échiquier politique Tunisien

Voici une tentative de représentation de l’échiquier politique tunisien.
Les partis politiques y sont positionnés selon deux axes :
  • L’axe des abscisses est un axe classique gauche / droite, légèrement adapté : on mettra à droite toutes les tendances conservatrices (islamistes) et arabisantes (nationalistes) ainsi que les tendances économiquement libérales (on est dans une lecture très française de la droite).
  • L’axe des ordonnées classe les partis par leur légalité / proximité du pouvoir. En haut, on trouvera LE parti et ses vassaux ainsi que les partis légaux ayant des députés à la chambre des représentants. Plus bas on verra les partis légaux sans députés et enfin on verra les partis non reconnus.
La taille de chaque bulle correspond (de manière subjective et relative) à l’importance du parti. Ceci dépend non seulement du nombre d’adhérents, mais aussi de la notoriété nationale et internationale. Bien qu’elles ne soient pas partis, j’ai inclus dans ce schéma deux organisations qui comptent (UGTT et LTDH).



mardi 28 juillet 2009

Hypocrites ?

Lorsqu’on note des tensions entre les convictions de certaines personnes et leurs actions, on a tendance à les considérer hypocrites, car sur le plan des valeurs et des opinions, nous apprenons que la cohérence est une vertu. Mais dans quelle mesure peut-on exiger une telle cohérence ?
Sur nombre de sujets, la tension entre la vision individuelle et collective peut être insurmontable : Tant qu’on considère que le cas général est la somme de cas particuliers, qu’une société est la somme des individus, il est en effet logique de leur appliquer les mêmes lois. Mais si on considère qu’il s’agit d’entités de natures différentes, appliquer des lois différentes devient sensé. En mécanique, les lois physiques qui s’appliquent aux particules, sont complètement différentes de celles qui s’appliquent aux corps que ces mêmes particules constituent.
Par exemple, nombreuses sont les personnes qui vénèrent l’école publique républicaine et gratuite, accessible à tous. Ils votent pour la perpétuer et la défendre. Mais lorsqu’il s’agit du destin de leurs propres enfants, ils sont terriblement pragmatiques, pouvant aller jusqu'à « tricher » sur la carte scolaire ou mettre leurs enfants dans le privé s’ils en ont les moyens. Est-ce hypocrite ? Que feriez vous à leur place ? Sur d’autres registres, on voit des « incohérences » de même nature : ceux qui s'émeuvent du destin d’un émigré clandestin tout en agissant contre « le phénomène » de l’immigration clandestine, ceux qui s’alarment des dérives de la bioéthique mais qui font recours à ces techniques lorsque cela touche un être cher …etc, etc..
Souvent, les individus se trouvent à la croisée de deux champs de forces de nature différentes : celui de leurs opinions, conditionné par une certaine idée de l’intérêt général, et celui de leurs intérêts particuliers. Aligner ces deux champs devrait être un objectif, en admettre la dissension est lucide.

lundi 27 juillet 2009

Barack l’Africain

Fils du contient noir, Obama a une réelle vision pour l’Afrique qu’il articule en quatre points :
D’abord une bonne gouvernance. Admettant que chaque pays doit trouver le système (démocratique) qui le sied le mieux, Obama insiste sur la nécessité d’une séparation des pouvoirs, de la liberté d’expression et d’entreprise comme pré requis du développement. Ce ne sont pas les élections théâtralisés qui comptent, c’est plutôt ce qui se passe entre ces élections.
Ensuite, reconnaissant le talent des élites africaines, il les invite à le mettre au service de leurs pays, tout en admettant que cela n’est possible qu’à condition que le premier point soit réalisé. Tel Bourguiba, Obama insiste sur le fait que la lutte pour le développement est au moins aussi importante que celle pour l’indépendance et la libération qu’a mené la génération antérieure.
Mais que serait ce développement si les maladies continuent à ravager le contient. La lutte contre le sida et autres épidémie doit être vigoureuse, et là les Etats Unis promettent un support sans faille.
Enfin, Obama estime que le fait que le conflit armé fasse partie de la vie quotidienne des africain est inadmissible. La diversité du contient doit être une source de force et non pas de faiblisse et les conflits ethniques ou religieux n’ont plus lieu d’être au 21eme siècle.
Même si ces quatre points n’apportent rien de nouveau, ce discours a le mérite d’être clair et sincère, et puis, donner une telle lisibilité dans ce monde complexe est un trait de leadership aussi rare que nécessaire.

mardi 14 juillet 2009

Screencast Pearltrees

Depuis quelques mois j’utilise Pearltrees pour enrichir mes posts avec des perles thématiques, plus riches et complètes que de simples hyperliens. Ce service a suscité beaucoup d’intérêt parmi les lecteurs de Barberousse dont témoigne l’émergence d’une petite communauté issue de la Tunisphère.
Pour ceux qui s’intéressent aux innovations du Web et pour les blogueurs qui cherchent à optimiser leurs usages, voici un screencast qui présente succinctement ce service :



Pour en savoir plus sur Pearltrees, cliquez sur cette perle :

français

mercredi 1 juillet 2009

Woody is back!

Après quatre films tournés loin de sa ville de prédilection (Match Point, Scoop, Cassandra's Dream et Vicky Cristina Barcelona) le génie est de retour dans la grosse Pomme.
En réactualisant un scénario écrit voila plusieurs années, Woody Allen nous livre une comédie dans la pure tradition : un imbroglio sentimental, des personnages névrosés, des dialogues aussi justes que délirants et un New Yorko-centrisme caricatural.

Mais en vieillissant, l’artiste aiguise ses armes. En prenant deux personnages principaux diamétralement opposés, à savoir le vieil intello, urbain et dépressif et la jeune Lolita blonde du sud profond, avec 2 de QI, il tente de couvrir le spectre le plus large du genre humain. Comme son personnages, il a le souci de la “Big picture”, que peu de gens ont, comme il le lui fait dire.

Cette “big picture” est réaliste. C’est à la fois un réalisme pessimiste sur le genre humain,qu’il fustige en bon “vieux con”, et c’est aussi un réalisme heureux, celui de “What ever works” : si vous arretez de vous faire des nœuds au cerveau, y’a toujours moyen d’être heureux.

Comme toujours, la salle parisienne est comble le jour de la sortie, et comme toujours, on applaudit à la fin.

dimanche 7 juin 2009

Discours du Caire : Revue de presse internationale

Voici ce qu'en pensent les Arabes, les Israéliens, les Américains et les Européens :

Obama Cairo speech


vendredi 5 juin 2009

Discours du Caire : Nouveaux postulats et nouvelle approche

En physique, une onde se propage en fonction des propriétés du milieu dans lequel elle s’opère jusqu'à s’estomper ou jusqu’à rencontrer un obstacle suffisamment fort pour la réfléchir.
Il en va de même dans les affaires du monde, ainsi, si le 11-S était un événement suffisamment choquant pour déclencher une déferlante d’incompréhension et de haine, je crois que le « Discours du Caire » en sera le jalon « réfléchissant ».

L'heure pendant laquelle Obama s’est adressé aux musulmans n’est pas un discours politique comme les autres, mais l’articulation d’une vraie vision et la proposition d’un vrai new deal.
Les analystes de l’actualité se trompent en focalisant sur certaines phrases et en y voyant des effets d’annonce. Comme il le dit lui même, « ce discours tant attendu ne suffira évidemment pas à changer les choses vu l’énormité de la tache ». Au lieu de focaliser sur les invariants du discours américain, il faut regarder les nouveautés apportées par la vision Obama.

Tout d’abord, il a compris que les musulmans ont d’abord besoin de respect : après son ouverture par « Assalmou Alaikoum » il a reconnu en une phrase leurs vraies causes de souffrance. La séquence (1) Colonisation humiliante pour une grande partie de ces pays, (2) guerre froide les utilisant comme bouc émissaires et (3) Globalisation, les exploitant comme « des sous développés » est le bon cadre pour déchiffrer les maux de cette partie du monde. On est donc très loin des explications Biblico-mystiques de son prédécesseur illuminé.

Ensuite, il a compris que dans cette région, probablement plus qu’ailleurs, les symboles sont d’une grande importance. Citer le Coran n’est pas juste une forme de politesse ou de la pure complaisance, c’est simplement très efficace.

Enfin, sur la démarche, il propose deux principes, simples en apparence, mais fondamentaux pour la concorde :
le premier est de construire sur ce qui nous rassemble plutôt que sur ce qui nous différencie. Comme il dit si bien, il est facile de pointer la différence de l’autre, mais notre responsabilité nous impose de ne pas céder à cette facilité.
Le second est de se libérer du passé et regarder de l’avant. Cela ne signifie en aucun cas oublier, mais simplement arrêter la surenchère vengeresse. Afin de prouver sa bonne foi, il a commencé par reconnaître des erreurs et responsabilités américaines : celle de l’Irak, celle de la torture et Guantanamo, et plus surprenant, celle de la responsabilité des US dans le coup d’état de 1953 en Iran.

Maintenant que le cadre est posé, il faut évidement le décliner en actions, mais ce qui est certain, c’est que personne ne peut refuser la main tendue. Dans son discours, Obama a utilisé le mot « responsabilité » à maintes reprises, et c’est bien de cela qu’il s’agit.